A propos du paysage…

Un paysage peint ne peut-il être qu’une vision, une interprétation de la vue d’un homme sur les choses en repos ? Un animal voit-il les prémices de l’aube, la couleur particulière du ciel  par-delà la lisière de la forêt, ?  Un paysage est-il aussi indifférent à l’humain que l’est une pierre de la planète Mars aux projets de la NASA?  Est-il le simple accomplissement de la somme de ses éléments, le voisinage plus ou moins organisé ou désorganisé des choses rassemblées dans un fragment d’immensité ?

Hors de l’esprit humain, de  l’intelligence  formatée de ce que voit l’oeil adulte, un paysage peut-il être un jaillissement du dehors, de l’ouvert offert a celui qui  accepte d’être  chose parmi les choses ?

 

« Oh ! et la nuit, la nuit quand le vent lourd de l’espace cosmique ronge notre regard. »

                                                           Rainer Maria Rilke

 

« Gateway to Skye »

Then the sun appears and scatters the mists encircling the cloud-capped peaks. In a moment the dull leaden sky is clear, and the clouds, rising and scattering, breaking and uniting, produce myriads of shapes and forms, and finally their insubstantial pageant fades leaving not a wrack behind.

Mary Carmichael (Gateway to Skye, 1946)

 

Devant la tombe de Rainer Maria Rilke, un jour d’automne

Me reviennent ces lignes alors que le bruit sourd du ressac de l’océan s’éloigne un peu plus chaque jour…

« C’est ainsi qu’on avait éprouvé l’être humain lorsqu’on l’avait peint dans toute sa grandeur; mais l’être humain était devenu flottant et incertain, et son image allait se brouillant au loin dans des métamorphoses, et c’est à peine si l’on pouvait encore le saisir. La nature était plus durable et plus grande, tout mouvement en elle était plus ample, et tout calme plus simple et solitaire. Il y avait en l’homme un désir d’utiliser les moyens sublimes de la nature pour parler de lui comme de quelque chose de tout aussi réel, et c’est ainsi que virent le jour les tableaux de paysage où rien ne se passe. On a peint des mers vides, des maisons blanches par jour de pluie, des chemins où personne ne marche, et des eaux d’une solitude indicible. De plus en plus, le pathétique disparaissait et, mieux on comprenait ce langage, plus on en usait avec simplicité. On se plongea dans le grand calme des choses, on ressentit comment leur existence se déroulait selon des lois, sans attente et sans impatience. »

Rainer Maria Rilke
« Du paysage »

Go to the North… a journey in Scotland

To be there, simply washing by the wind.

Etre là simplement, nettoyé par le vent.

 

Je suis aux côtés des baleines

« Je me souviens d’ententes magnifiques sur l’océan apaisé.
De conversations sacrées par-delà les mots d’homme, d’approches concertées du mystère de la vie.
De votre œil ma sœur des océans posé sur mon regard d’humain.
Votre long corps frôlant avec tendresse les courbes du bateau.
Je vous tendais la main, et mon cœur frissonnant murmurait des douceurs par-dessus les filières.
Et puis vous repartiez, mais je savais que si d’aventure nos routes se croisaient à nouveau, vous me reconnaîtriez.
J’étais des vôtres.
Devenu baleine, rorqual, dauphin, lion, éléphant, belette.
J’étais l’albatros et le rouge-gorge, la punaise et le papillon.
J’avais la mémoire.
J’avais cassé ma coquille et revenais au monde inondé de tendresse. »